Il y avait eu l’incident du Tricastin (cf. mon précédent billet), puis celui de Romans-sur-Isère (Drôme). Et l’on vient d’apprendre hier qu’une nouvelle fuite radioactive s’était produite sur le site de St-Alban/St-Maurice, également dans l’Isère.
Tout ça en l’espace de quelques semaines, cela fait un peu désordre, surtout pour en pays si fier de sa filière nucléaire qu’il prétend vendre ladite technologie, clefs en main, dans le monde entier…
D’un autre côté, vous me direz, ce n’est pas tout à fait étonnant, vu l’importance du nucléaire civil en France. Après tout, comme le fait remarquer un blogueur anglais, pas moins de 80% de l’électricité française est déjà produite sans rejets de CO2 ! (Billet cité par Bruce Sterling.) Autant de pris pour la lutte contre le réchauffement climatique.
Alors ? Est-ce que le jeu en vaut la chandelle ? Peut-on vraiment protéger l’environnement d’une main et le contaminer de l’autre ?
Les agriculteurs de la Drôme qui vont perdre leur récolte pour n’avoir pas pu utiliser l’eau des puits ont certainement une idée sur la question, d’autant que les mêmes puits fournissent souvent l’eau à usage domestique :
«À court terme, ça va, explique une cultivatrice. Mais à long terme, il faut qu’ils fassent quelque chose : faire venir l’eau de la ville, vérifier les sanitaires de la maison. L’uranium est toujours dans le chauffe-eau.» (Témoignage dans Ouest France.)
Il y a une dizaine d’années, l’usine de combustible nucléaire de Romans-sur-Isère avait tout simplement rejeté des effluents radioactifs dans les égouts de la ville. Ces rejets se retrouvaient dans les boues de la centrale d’épuration, et ces boues étaient épandues dans les champs, voire incinérées (ce qui revenait à diffuser des particules radioactives dans l’atmosphère, pour ajouter à la contamination des sols et de l’eau).
On a fait du chemin depuis, certes : l’entreprise FBFC (filiale d’Areva à 100%), qui gère l’usine, a construit une canalisation spéciale pour ces effluents, en conformité avec la réglementation.
Hélas, cette canalisation n’était manifestement pas protégée de façon efficace, vu les fuites actuelles…
Reste qu’on peut se poser des questions sur la réglementation française en la matière, puisqu’elle permet encore à l’usine de rejeter les effluents… dans l’Isère ! Ce qui les dilue, certes, mais ne règle pas le problème à long terme des pollutions cumulatives de l’environnement. Rivières, nappes phréatiques, sols, et au bout du voyage, la mer.
Dans quelle mesure le jeu en vaut-il la chandelle ? Et jusqu’à quand ?
Pour reprendre les mots du président de la CRIIRAD, s’exprimant dans l’Est républicain du 19 juillet à propos du site de Romans-sur-Isère :
«Il faut bien comprendre que le nucléaire n’est pas une industrie banale. Il nécessite une culture de vigilance permanente. Je sais que des règles draconiennes de sécurité sont appliquées au niveau des réacteurs, mais dès que l’on s’en éloigne, je constate beaucoup trop de laxisme et un jour ou l’autre, ça se paie.»
D’autant que le nucléaire n’est pas lui-même une énergie renouvelable. Les ressources en uranium ne sont pas illimitées, et même en recyclant au maximum le combustible (lorsque c’est économiquement et techniquement faisable, ce qui n’est pas évident), il ne s’agit que d’un avantage temporaire. Tôt ou tard, nous n’aurons plus ni combustibles fossiles, ni uranium…
Reste juste à espérer une chose : que d’ici là, nous n’ayons pas trop empoisonné l’eau et l’air ambiants.
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